Dans le film Minority Report, de Steven Spielberg, des caméras identifient Tom Cruise pour lui proposer des publicités adaptées à ses goûts. Il pourrait en être de même, en France, dans les prochains mois. L'Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria) et la société JCDecaux ont annoncé, jeudi 30 mars, avoir conclu un accord de transfert de technologie aux termes duquel le groupe d'affichage publicitaire pourra utiliser les technologies d'" informatique diffuse" développées, depuis huit ans, par l'équipe de Michel Banâtre, directeur de recherche dans les laboratoires rennais de l'Inria.
Il s'agit de l'un des plus importants contrats de transfert jamais conclus par l'établissement public et le premier pour cette technologie. Et JCDecaux commence ainsi sa première collaboration avec un laboratoire de recherche. "Ce transfert est symbolique. Quand ces technologies ont commencé à être développées, nous n'imaginions pas qu'elles pourraient être utilisées pour ce type d'applications", explique Gérard Giraudon, directeur du développement et des relations industrielles de l'Inria.
A la différence du héros du film de Steven Spielberg, le chaland ne sera pas identifié par l'iris de son oeil, mais grâce à son téléphone portable ou tout autre objet communicant (assistant personnel, par exemple) qu'il aura sur lui. Il ne sera pas non plus importuné à son insu, affirment les promoteurs de cette technologie. Il aura précédemment entré son profil (âge, goûts, type d'informations souhaitées, etc.) dans son téléphone.
Le service ne dépendra pas de l'opérateur téléphonique : la liaison entre le panneau d'affichage (qui aura été équipé d'un boîtier ad hoc) et le portable s'effectuant par une liaison de courte portée (du type Bluetooth, Wi-Fi ou infrarouge). Et l'utilisateur devra préalablement télécharger un logiciel sur son téléphone, à partir d'une borne, ou du site Wap de l'annonceur. A moins que ce dernier ne préfère distribuer des cartes intégrant une puce à radiofréquence (RFID), dans laquelle seront enregistrés le profil du prospect et son numéro de téléphone.
"Devant une publicité pour un film, le passant pourra regarder la bande-annonce sur son portable", explique Albert Asseraf, directeur de la stratégie, du marketing et des études de JCDecaux. "Devant une affiche de voitures en promotion, il recevra l'adresse du point de vente le plus proche par SMS, s'il est un passionné de voitures", poursuit-il. Sans le demander.
Ce qui différencie cette technologie de celles déjà déployées par des sociétés comme Kameleon ou Abaxia, en France. Ces dernières permettent aussi d'obtenir des informations complémentaires sur son portable, mais en le demandant à chaque fois. La technologie Kameleon est actuellement à l'oeuvre dans certaines boutiques Orange pour télécharger gratuitement le clip promotionnel du chanteur Patrick Bruel.
La technologie développée par l'Inria pourrait aussi servir aux handicapés. Une des premières démonstrations réalisées en 2004 visait cette communauté. Des Ubibus, abribus spécifiquement équipés, permettaient de repérer qu'un aveugle, ou une personne en fauteuil roulant, approchait. L'information pouvait alors être transmise au conducteur du bus pour qu'il prenne les précautions nécessaires, et à la personne handicapée pour l'informer du numéro du bus, de sa direction et de l'heure de passage du prochain véhicule.
"Les villes seront de plus en plus jalonnées d'objets communicants, qu'il s'agisse de vitrines, de réseaux d'affichage ou de mobiliers urbains, pour délivrer des informations service ou publicitaires", ajoute M. Asseraf.
JCDecaux est à même de déployer ce système dans les six mois. " Tout dépend désormais de la demande des villes ou des marques", conclut M. Asseraf.
Annie Kahn
Article paru dans l'édition du 31.03.06
Source :
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