ÉVÉNEMENT• Une grande manifestation nationale est prévue demain à Paris, rassemblant personnes handicapées, associations et familles, sur le thème « Ni pauvres, ni soumis »
Les uns s’affairent sur des montagnes de papiers qu’il faut patiemment photocopier ou brocher. Les autres sont concentrés sur leur mission de conditionnement et d’emballage. Un peu plus loin, l’atelier de repassage laisse échapper la vapeur de ses fers pour le plus grand bonheur de ses 2 500 clients habituels…
PAR CHRISTOPHE CARON
region@lavoixdunord.fr
PHOTO PATRICK JAMES Nous sommes dans l’ESAT de Lomme (établissement et service d’aide par le travail). Ici, une équipe de 35 encadrants accueille 180 personnes de 20 à 60 ans, souffrant d’un handicap mental, payées au SMIC. Le fier symbole d’une société qui ne laisse pas tomber ses citoyens, pourrait-on croire en observant cet établissement médico-social à vocation économique où règne l’effervescence d’une entreprise classique. Sauf que la situation globale des handicapés est plus contrastée. « Aujourd’hui, dans le Nord, 2 000 personnes sont en attente d’une place en ESAT, explique Vincent Verbeeck, directeur général des Papillons blancs de Lille, qui gère sept établissements de ce type sur l’agglomération lilloise. Sur notre secteur, nous accueillons 1 000 travailleurs. Nous comptons plus de 400 personnes en attente. » Autre constat : l’espérance de vie des handicapés augmente. Une excellente nouvelle en soi, mais quid de la retraite ? Un véritable saut dans l’inconnu : rien n’est prévu. « Dans la métropole lilloise, j’ai 420 personnes de plus de 45 ans. Pour eux, la question se pose dès maintenant. »
« Loi généreuse »
De ces dossiers et d’un tas d’autres, il a été récemment question dans la bouche de Jacques Meuter, président de l’UDAPEI (Papillons blancs) Nord, alors qu’on célèbre les trois ans de la loi handicap de février 2005. « Une loi très généreuse », prévient-il néanmoins à propos d’un texte qui « reprend les choses à zéro » et « affirme un droit à la compensation pour les handicapés ».
C’est aussi cette loi qui a initié la création des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) sous la responsabilité des conseils généraux, sorte de guichet unique d’accueil et d’information, « censées mettre fin au parcours du combattant » des familles (recherche de structures, obtention d’allocations, etc.). Il était aussi question d’ouvrir 300 points d’accueil, de Dunkerque à Avesnes-sur-Helpe.
Rien à dire sur les intentions, donc. Dans la réalité, les Papillons blancs pointent quelques limites. « Une seule MDPH pour un département comme le Nord, c’est autant que la Lozère, alors que nous avons beaucoup plus de personnes handicapées. Cet organisme a rendu 117 000 décisions en 2007.
Sont-elles prises dans les meilleures conditions possibles ? »
Une série de griefs
Pêle-mêle, les représentants des Papillons blancs évoquent des délais d’attente importants, un manque d’information, un problème d’égalité de traitement selon les territoires, un accompagnement « pas digne de ce nom pour les enfants handicapés scolarisés »… et bien sûr un montant d’allocation handicapé trop faible, d’où la mobilisation nationale, ce samedi. Bref, selon Jacques Meuter, « on comprend qu’il faille du temps, mais ça fait quand même trois ans que la loi existe »… La MDPH dépendant directement du conseil général du Nord, c’est le président du Département Bernard Derosier qui tient à répondre. Le manque d’information ? « Dans le milieu concerné par les personnes handicapées, il est faux de dire qu’il n’y a pas d’informations. » Les 300 points d’accueil ? « Ça fonctionne, le principe est acquis, plus de 200 points sont ouverts. » Les délais de traitement des dossiers ? « La MDPH a été créée le 1er janvier 2006. À cette époque, il y avait 18 mois de retard dans le traitement des dossiers. Là, on est à quatre mois de délai. L’État apporte 800 000 euros par an pour le fonctionnement de la MDPH, alors que plus de deux millions sont nécessaires. Heureusement que le Département a une politique volontariste. » Quant à l’ouverture de structures d’accueil ou au niveau des allocations, « ça n’est pas de ma compétence, cela relève de la politique du gouvernement ». C’est donc devant les fenêtres des hauts responsables de l’État que les sifflets vont retentir, ce samedi. •
RÉAGISSEZ !
Les personnes handicapées sont-elles dignement considérées ?
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Source : http://www.lavoixdunord.fr/journal/VDN/2008/03/28/REGION/ART1059609.phtml